Pesticides : un vrai danger pour nos enfants
La France est la première utilisatrice de pesticides en Europe. Un haut du podium dont il n’y a pas de quoi être fier·es : les effets délétères des pesticides sur la santé font déjà l’objet de milliers d’études scientifiques. Dès lors, comment peut-on aujourd’hui prôner leur retour dans nos champs, dans notre eau, et dans nos assiettes ?
Les enfants, particulièrement vulnérables, y sont aujourd’hui exposés dès la grossesse, y compris en dehors des zones agricoles. Alors que la France multiplie les dérogations controversées et que l’Union européenne envisage d’assouplir certaines règles encadrant les pesticides, une question se pose : combien de preuves faudra-t-il encore pour faire de l’interdiction des pesticides de synthèse une véritable priorité politique ?

Contaminations pesticides : un danger bien connu
Contrairement à ce que certain·es politiques aimeraient à nous faire penser, les risques liés aux pesticides ne sont pas confinés aux champs aspergés et ne concernent pas uniquement les agriculteur·rices qui manipulent les produits. Les personnes vivant proche des cultures sont elles aussi exposées par l’air et les poussières émanant des traitements pesticides, des sols et de l’eau touchés.
Un état de fait confirmé de nouveau en septembre 2025 avec l’étude nationale PestiRiv, menée par Santé publique France et l’Anses auprès de 2 688 personnes, dont 742 enfants, dans six régions viticoles. Les analyses de 56 substances actives prélevées dans différents milieux montrent que les riverain·es des vignes sont davantage exposé·es aux pesticides utilisés sur ces cultures que les personnes vivant à distance.
Or, depuis quelques années, de nombreux riverain·es se prononcent pour témoigner de la recrudescence de maladies dans leurs villages et au sein de leurs familles… souvent à proximité d’un site où l’on retrouve une forte concentration en pesticides. C’est notamment le cas de six parents d’enfants victimes des pesticides qui ont récemment pris à parti le Parlement européen pour obtenir réparation.
Les enfants, premières victimes d’un risque évitable
Depuis quelques années, la question des cancers infantiles est particulièrement préoccupante. En 2021, l’Inserm mettait à jour une étude publiée en 2013 et l’agrémentait des résultats d’une expertise collective fondée sur l’analyse de plus de 5 300 publications scientifiques. Ses conclusions établissent notamment une présomption forte de lien entre certaines expositions aux pesticides pendant la grossesse ou l’enfance et plusieurs cancers infantiles, dont certaines leucémies et tumeurs du système nerveux central. Des corrélations avec la présence de troubles du développement neuropsychologique et moteur sont également documentées.
L’étude GEOCAP, publiée en 2023 dans la revue Environmental Health Perspectives, a étudié le lien entre la proximité résidentielle des vignobles et les leucémies aiguës chez les enfants. Les chercheurs ont comparé 3 711 enfants atteints de leucémie aiguë à 40 196 enfants témoins. Leurs résultats suggèrent une association entre certains indicateurs de proximité ou de densité viticole et le risque de leucémie aiguë. En 2026, le livre enquête Pesticides Kids, écrit par Sophie Chapelle et Nolwenn Weiler revient sur la contamination pesticide des foetus et sur la recrudescence de cancers infantiles, de malformations et de maladies au sein des familles françaises les plus exposées.
Et, de fait, en France, les enfants sont exposés par de multiples voies : l’air qu’ils respirent, les poussières qu’ils inhalent ou portent à leur bouche, les sols sur lesquels ils jouent et les aliments qu’ils consomment. Leur organisme est en plein développement et que le cerveau, le système hormonal et les différents organes poursuivent leur maturation de la grossesse aux premières années de vie.
L’exposition des enfants à certaines substances a donc un impact différent sur leur santé que celui observé chez les adultes, et, pour les familles vivant près de parcelles traitées, il est difficile de maîtriser individuellement l’ensemble des sources d’exposition. Les familles avec enfants ne choisissent ni les cultures plantées autour de leur école, ni les traitements appliqués à proximité de leur domicile. La prévention devrait donc commencer par la réduction des expositions à la source, plutôt que de faire peser la responsabilité sur les familles.
Pesticides : de la loi Duplomb à l’Omnibus européen, un recul pour la santé et le vivant ?
Le décalage entre connaissances scientifiques et décisions politiques apparaît particulièrement net dans les récents débats. En France, la loi Duplomb, adoptée en août 2025 au nom de la simplification du métier d’agriculteur, a cristallisé les oppositions en prévoyant des dérogations à l’interdiction de certains néonicotinoïdes, dont l’acétamipride. Le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition le 7 août 2025. Mais le débat a rebondi en 2026 avec de nouvelles possibilités de dérogation pour l’acétamipride et le flupyradifurone dans le cadre de la loi d’urgence agricole.
À l’échelle européenne, le paquet législatif Omnibus X suscite lui aussi de vives inquiétudes. Présenté au nom de la simplification réglementaire et de la compétitivité, il prévoit notamment de supprimer le renouvellement périodique systématique de certaines autorisations de pesticides, au profit de réévaluations plus ciblées. En septembre 2026, 573 scientifiques et médecins ont ainsi signé une lettre ouverte réclamant une suspension des négociations et une évaluation indépendante des conséquences sanitaires et environnementales du projet.
Et en effet, on est en droit de se demander : simplifier les règles au nom de la compétitivité, est-ce vraiment la priorité quand la santé des populations et la protection du vivant sont en jeu ? D’autant que les agriculteur·ices subissent eux aussi les effets des pesticides et les difficultés économiques induites par un système qui rend certaines filières dépendantes d’intrants coûteux au bénéfice d’une poignée grands groupes agrochimiques. Plutôt que de multiplier les dérogations, il faudrait donner aux paysan·nes les moyens de produire autrement, sans sacrifier leur revenu ni la santé publique. Parmi les solutions, il y a notamment celle des débouchés de la filière bio, pour lesquels nous militons avec Plus de Bio sur mon Plateau et notre recours ÉGalim, notamment. Mais cette alternative semble encore bien loin des priorités de Duplomb et consorts…
L’agriculture biologique : une partie de la réponse existe déjà
Pester contre ces reculs législatifs ne suffira pas. Il faut également montrer que d’autres modèles agricoles sont possibles, et qu’ils présentent des bénéfices documentés. L’agriculture biologique repose sur un cahier des charges européen qui interdit le recours aux pesticides et aux engrais de synthèse, tout en autorisant certaines substances d’origine naturelle ou certains produits expressément approuvés.
En 2024, le ministère de la Transition écologique et l’Institut de l’agriculture et de l’alimentation biologiques (ITAB) ont présenté une actualisation de l’étude consacrée aux externalités de l’agriculture biologique. Ce travail, mené avec l’appui de chercheurs et fondé sur l’analyse d’environ 800 articles scientifiques, examine ses effets sur les sols, la biodiversité, le climat et la santé humaine.
Les résultats mettent en évidence plusieurs bénéfices environnementaux et sanitaires associés au modèle biologique, notamment du fait de l’absence d’usage de pesticides de synthèse. L’agriculture biologique contribue notamment à réduire les émissions de gaz à effet de serre, en particulier grâce à l’interdiction des engrais azotés de synthèse, dont la fabrication est fortement émettrice de CO₂.
Vous l’aurez compris : les pesticides de synthèse ne font pas que nous empoisonner, ils participent aussi activement au réchauffement climatique. La peine est double. À une époque où les canicules s’enchaînent et où le vivant subit la détérioration de la biosphère, réduire leur production et leur usage devrait faire partie des priorités.
Combien d’années d’inaction encore ?
Mais cette transition ne peut pas reposer uniquement sur les choix individuels des consommateurs. Elle suppose des politiques publiques cohérentes : accompagnement technique et financier des fermes, débouchés rémunérateurs, restauration collective plus engagée, accès à une alimentation de qualité pour toutes et tous, et protection des zones habitées et des lieux accueillant des enfants doivent faire partie du panel développé au niveau territorial. De notre côté, nous œuvrons depuis plus de 20 ans pour faire de l’agriculture biologique la nouvelle norme. Proposer aux enfants une alimentation bio, locale et accessible fait partie de nos grandes ambitions, notamment au travers de notre travail en lien avec les collectivités et le projet Plus de bio sur mon plateau.
Les connaissances scientifiques sur les pesticides ne sont ni nouvelles ni marginales. Elles reposent sur des décennies de recherche, des milliers de publications et des expertises collectives mobilisant plusieurs disciplines. L’agriculture biologique offre une voie concrète pour réduire une partie des expositions et des dommages environnementaux liés à l’agriculture conventionnelle, encore faut-il lui donner les moyens de se développer.
Les faits nous ont été présentés. L’alerte a été donnée et continuera de l’être tant que ce sera nécessaire. Ce qui manque désormais, c’est une volonté politique à la hauteur des risques documentés et encourus par nos enfants.