Halte aux idées reçues : le local, mieux que le bio ?

Halte aux idées reçues : le local, mieux que le bio ?

Un sondage réalisé par Parlons Climat en 2022 indique que 72 % des Français·es souhaitent consommer davantage de produits locaux, et que 60 % favorisent les circuits courts. Le local renvoie à un imaginaire paysan, de proximité, en faveur du petit producteur et de confiance, car on croit pouvoir localiser géographiquement le produit. Mais face à la bio, faut-il vraiment le privilégier ?

Est-ce que bio, c’est vraiment bon ?

Pour obtenir une labellisation bio honnête (donc contrôlée), le cahier des charges à respecter implique notamment la rotation des cultures, l’interdiction des engrais de synthèse, des produits phytosanitaires et des OGM. Lorsqu’il s’agit d’élevage, le cahier des charges implique, entre autres, de nourrir le troupeau avec de la nourriture bio, de ne pas pratiquer l’élevage hors-sol et de limiter les interventions vétérinaires. Certain·es acteur·ices de l’agriculture bio se distinguent par leur ambition : Bio Équitable en France, Nature et Progrès, Bio Cohérence, Demeter, et d’autres.

Ces labels dépassent les espérances et les contraintes, notamment en y associant le respect social par l’application des principes du commerce équitable. Consommer bio, c’est aller dans le sens de l’environnement, avec 40 % d’émissions carbone en moins que l’agriculture conventionnelle – grâce notamment aux cultures en rotation, qui permettent l’enrichissement et le maintien de la biodiversité. C’est aller dans le sens de la santé, en réduisant drastiquement les risques de cancers, d’obésité et de dépression. Enfin, c’est aller dans le sens de l’éthique, en respectant l’ensemble des êtres vivants.

Qu’en est-il du « local » ?

Le localisme a bénéficié de la méfiance à l’égard de la bio liée à la multiplication des labels privés comme ceux de Carrefour, de Starbucks, de Nespresso, d’Intermarché… Ces grands distributeurs ont fonctionné à grands coups de communication pour faire valoir un discours qu’ils prétendaient engagé en faveur de l’environnement et de la santé, sans jamais rien changer à leurs pratiques.

Les directeur·ices marketing ont dessiné les contours d’un localisme fantasmé, dont la publicité était incarnée par des paysan·nes souriant·es et « du coin ». Il peine en réalité à trouver une définition et il s’agirait de déconstruire à son sujet quelques idées reçues… Ainsi, lorsque l’on qualifie des produits de « locaux », la proximité fait référence à l’organisation de la chaîne de distribution, et non à la géographie : « de proximité » signifie donc limiter les intermédiaires entre production et distribution, mais pas forcément réduire les kilomètres… À ce stade, il semble également utile de rappeler que les modes de production agricole sont responsables de près de 95 % du gaz à effet de serre, contre 5 % seulement issu des dernières étapes du transport.

Focus tomate

Une tomate qui pousse en Bretagne au mois de décembre, nécessairement cultivée sous serre chauffée, bénéficiera bien d’un estampillage « local », qui séduira les consommateur·ices. Gautier Avril, chercheur en économie d’énergie, établit en s’appuyant sur les chiffres de l’ADEME qu’une tomate qui pousse sous serre chauffée en Bretagne a le même bilan carbone qu’une tomate que l’on acheminerait depuis l’Afrique du Sud !

En guise de conclusion

Obligé·es de choisir ? Il est préférable d’opter pour la bio, et ce, même si le produit vient de plus loin ! Mais s’il n’est pas tenu d’être bon pour l’environnement, force est de reconnaître que le localisme, lorsqu’il correspond réellement à une proximité géographique, a un intérêt pour l’économie circulaire – c’est notamment le cas des Amap. Ces dernières associent d’ailleurs majoritairement la bio au localisme, et représentent un modèle de production, de distribution et de consommation très respectueux. Bio, vrac, local et de saison, toutes ces notions et ces qualificatifs témoignent d’un même désir : celui d’une consommation consciencieuse qui esquisse les contours d’un nouveau regard porté sur l’agriculture et l’alimentation.

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