Faites le plein de recos pour passer le plus b(i)o des étés !
Pour cette newsletter de l’été, Marion, Jean-Baptiste et Julie ont souhaité ressortir des archives quelques-unes de leurs recommandations. À consommer sans modération !
L’été, c’est aussi le moment de ralentir, de prendre enfin le temps de lire, de regarder un bon film ou un documentaire qui fait réfléchir. Marion, Jean-Baptiste et Julie ont chacun sélectionné deux coups de cœur : des livres, des films, des documentaires… Des œuvres qui nous ont émerveillés, fait rire, émus ou révoltés, mais qui ont toutes un point commun : elles interrogent notre rapport au vivant, à l’alimentation, à la nature et au monde qui nous entoure.
À glisser dans votre valise, à regarder un soir d’été ou à découvrir confortablement installé·e dans un hamac… Nous espérons que ces recommandations vous accompagneront tout au long de la saison. Bonne (re)découverte !
Les recos de Marion :
Le nom m’interpellant, j’ai emprunté La main rivière à la médiathèque et je ne l’ai pas regretté. Le premier recueil de poésie de Marie Pavlenko m’a beaucoup touché par sa sensibilité et son engagement. A travers des images puissantes et une langue très organique, l’autrice montre à quel point elle se sent en symbiose avec le vivant, comme si la terre, l’eau et les arbres faisaient partie d’elle. Cette ode à la nature nous appelle surtout à la protéger face aux ravages causés par les humains et l’urbanisation. La poésie de Marie Pavlenko est douce et combative, dénonçant la violence humaine tout en rappelant la beauté qui nous entoure. Une invitation renouvelée à respecter et défendre “ce grand battement unissant le vivant”.
Dès sa sortie, je me suis précipitée au cinéma pour voir le nouveau film d’Anthony Dechaux, « La guerre des prix ». Ce film nous plonge dans les coulisses des négociations entre distributeurs et industriels, à travers le regard d’Audrey, fille d’éleveurs laitiers bio dont l’exploitation a été reprise par son frère. J’ai été captivée du début à la fin par ce thriller social, qui illustre bien les dérives du système alimentaire actuel : une mécanique où seule l’augmentation des marges compte, laissant trop souvent agriculteur·rices et consommateur·rices perdant·es.Ce film fait écho à la présentation du Basic lors des Assises du Commerce équitable le 17 mars dernier, autour de l’étude portée par le Secours Catholique – Caritas France en partenariat avec le Réseau des Civam, Solidarité Paysans et la Fédération française des diabétiques, « L’Injuste Prix de notre alimentation. Quels coûts pour la société et la planète ? ». À retrouver en ligne ici.
Par sa construction, le film m’a également rappelé « Goliath » (2021), qui abordait la question des pesticides à travers trois trajectoires : un avocat, une militante et un lobbyiste de l’agrochimie. On retrouve ici une structure similaire avec Audrey, cheffe de rayon d’un hypermarché propulsée en centrale d’achat, Ronan, son frère éleveur laitier et Fournier, propriétaire de supermarchés et négociateur redoutable.
Un film marquant, qui ne laisse pas indifférent·e et qui donne matière à réfléchir bien au-delà de la salle de cinéma !
Les recos de Jean-Baptiste :
Parfois, il suffit de retomber sur un vieux livre d’enfance pour se rappeler que le monde est beaucoup plus vaste que ce qu’on veut bien (nous faire) croire. En retombant sur Calvin et Hobbes (récupéré par hasard chez mon frère), j’ai immédiatement été replongé dans cet univers où un garçon de six ans, Calvin, discute avec son tigre en peluche, Hobbes, qu’il croit vivant. Un duo improbable, tendre et explosif, qui observe le monde avec une lucidité… désarmante. Mais ce que l’on redécouvre adulte, c’est que cette bande dessinée n’est pas simplement drôle (même si son humour suffirait à la qualifier de géniale) : elle est punk. Anticonformiste. Profondément écologiste avant l’heure.
Chaque case est une ode à l’émerveillement. Calvin explore les bois, les rivières, les fossés enneigés, comme un explorateur intrépide. Hobbes, lui, observe avec philosophie, souvent plus proche du sage taoïste que du simple jouet en peluche.
Au fil des pages, on découvre un rapport sensoriel au vivant comme sentir la forêt après la pluie, observer un ver de terre comme si c’était un miracle, glisser en luge sur une colline en inventant une théorie sur le sens de la vie. Calvin & Hobbes, c’est l’apprentissage du vivant et de son monde par l’expérience, l’émotion et l’émerveillement. Calvin nous rappelle d’ailleurs très simplement une évidence au détour d’une discussion qu’il a avec son tigre : « Pour aimer la nature, il faut d’abord la vivre. »
Bill Watterson, l’auteur, ne s’arrête pas là. Entre critique de la société de consommation, satire de l’inaction écologique, remise en cause des normes sociales et de l’obéissance automatique aux adultes, ce n’est pas seulement une BD pour enfants. C’est un contre-pouvoir en bandes dessinées. À 6 ans, on rit. À 12 ans, on rit et on se reconnaît. À 20 ans, on rit et on comprend.
À (re)lire d’urgence. Parce qu’entre un tigre philosophe et un enfant rebelle, on comprend qu’il existe une forme de militantisme douce, joyeuse et contagieuse : celle de ne jamais cesser de s’émerveiller.
Laissez vous guider au cœur des Vosges avec Le Chant des forêts, le nouveau film de Vincent Munier. Loin du documentaire animalier classique, ce film magnifique propose une immersion lente et contemplative dans une nature toute proche de nous. Aux côtés de son père et de son fils, le réalisateur transmet un savoir précieux, apprendre à se taire, observer, attendre, puis s’émerveiller. Cerfs, renards, oiseaux rares et lynx apparaissent au fil des saisons devant l’objectif de sa caméra, et la forêt révèle toute la richesse et la fragilité du vivant.
Sans discours appuyé, le film évoque pourtant l’essentiel : la disparition d’espèces, les effets du réchauffement climatique et la transformation des paysages. Il rappelle surtout que protéger la biodiversité commence par l’attention qu’on lui porte. Une ode à la transmission, à la patience et au lien sensible à la nature, qui donne envie de sortir marcher et de regarder autrement le monde autour de nous.
Les recos de Julie :
Avec plus de 400 millions d’enfants concernés dans le monde, l’obésité infantile est devenue une crise sanitaire majeure : c’est une pandémie mondiale. Ce documentaire éclairant montre que ce phénomène ne peut être réduit à une question de responsabilité individuelle : il est aussi le résultat d’un système alimentaire dominé par les intérêts de l’agro-industrie.
Aliments ultra-transformés, marketing agressif ciblant les plus jeunes, omniprésence des écrans et modes de vie de plus en plus sédentaires : le film met en lumière les multiples facteurs qui contribuent à cette pandémie. Il montre l’impact des grandes entreprises agroalimentaires et l’influence de leurs lobbies sur le ralentissement des politiques de prévention et dans l’empoisonnement massif de la population mondiale. Le lobby de l’agro-industrie est puissant, et en voici les conséquences … La jeune génération est la première, dans l’histoire contemporaine, à être en moins bonne santé que celle de ses parents et à jouir d’une moins bonne espérance de vie.
Sans culpabiliser les familles, Obésité infantile, la course aux profits rappelle l’urgence d’agir collectivement pour mieux protéger les enfants, de sensibiliser la population à une alimentation saine, à encadrer la publicité pour la malbouffe ciblant les enfants et garantir à toutes et tous l’accès à une alimentation de qualité. Un documentaire nécessaire, qui fait de la santé publique un véritable enjeu démocratique.
Par un jour de pluie à Uzès, pourquoi ne pas se réfugier au musée Haribo (le seul du monde, bien heureusement) ? Sur le papier, l’idée est séduisante : apprendre comment sont fabriqués les bonbons, découvrir l’histoire d’une multinationale du sucre et comprendre son évolution. En pratique, c’est une très mauvaise idée.
À l’achat du billet (12 euros) un paquet de bonbons nous est offert. Paf. Première bouchée de sucre avant même d’avoir franchi la première salle. La visite débute par une vidéo dite « historique », qui ressemble davantage à un spot publicitaire XXL soigneusement calibré pour redorer l’image de la « belle entreprise familiale ».. Ici, tout est lisse, propre, joyeux, hyper coloré.
Très vite, on comprend que nous ne sommes pas dans un musée, mais dans un véritable parc d’attractions idéologique, un Disneyland du sucre où tout est pensé pour hypnotiser les enfants par l’univers Haribo, comme s’ils n’y étaient pas déjà suffisamment exposés. Couleurs criardes, mascottes omniprésentes, dispositifs ludiques et hyper-interactifs…Tout est prévu pour que les parents photographient leurs enfants assis sur des marshmallows géants ou posant devant des décors parfaitement instagrammables. L’objectif est simple : s’assurer que ces images finiront sur les réseaux sociaux. Les parents, venus simplement occuper leurs enfants un jour de pluie, se retrouvent ainsi transformés malgré eux en influenceurs pro-sucre, pro-bonbons Haribo, au service d’une marque déjà ultra-dominante. Avec un taux de notoriété frôlant les 98 % chez les jeunes comme chez les adultes, Haribo est un nom presque universel en France. Mais manifestement, ce n’est pas assez.
Après une série de stands interactifs bardés de caméras, où l’on peut découvrir « quel bonbon Haribo es-tu » flottant au-dessus de sa tête, on arrive devant une salle fermée. Une employée souriante tend alors un chamallow trempé dans du chocolat fondu. À l’intérieur, nous sommes confinés face à des projections sur tous les murs, censées représenter le fonctionnement d’une usine Haribo. En réalité, on assiste à une version fantasmée de la production industrielle, à la manière de Charlie et la chocolaterie, une vision édulcorée, romantisée, presque féerique.
Et pour finir en beauté, impossible d’échapper à l’énorme boutique Haribo Disneylandesque elle aussi, sortie obligatoire de la visite. Traverser les caisses sans rien acheter relève clairement de l’acte militant. À en juger par le regard étonné du vigile, j’étais visiblement la seule à tenter l’expérience.