Les recos bio d’octobre đ
Nos recos pour un mois d’octobre militant (et cosy). Des podcasts, des BDs, des romans et des essais. Il y a Ă boire et Ă manger dans nos recos du mois d’octobre : plus qu’Ă piocher !
Avec mon collĂšgue Jean-Baptiste, nous Ă©tions prĂ©sent.es aux Assises de lâAgroĂ©cologie et de lâAlimentation les 21 et 22 septembre dernier Ă Dijon.
Lors de lâatelier âStructurer et coordonner les solidaritĂ©s alimentaires locales dans les quartiers et territoiresâ, nous avons eu la prĂ©sentation dâune initiative trĂšs inspirantes de la coordinatrice du groupement des Ă©piceries sociales et solidaires de Bourgogne Franche ComtĂ© et de Louise Lamarre de lâassociation Les Micro-Ondes. Lors des Grands Banquets de l’UGESS Ă Nevers, Auxerre, Clamecy et Dijon, Louise est allĂ©e Ă la rencontre des bĂ©nĂ©voles et des bĂ©nĂ©ficiaires des Ă©piceries sociales pour recueillir leurs paroles. DerriĂšre cette collaboration, il y a la volontĂ© de donner la parole aux silenciĂ©.es, Ă celles et ceux quâon entend rarement, et notamment sur un sujet aussi politique et aussi intime que lâalimentation. Je vous recommande vivement lâĂ©coute des 3 Ă©pisodes !
Quand manger devient un combat est une chronique sonore tissĂ©e de voix et de silences. Celles des personnes qui comptent, choisissent, renoncent parfois. BĂ©nĂ©ficiaires, bĂ©nĂ©voles et militants des Ă©piceries solidaires racontent le quotidien pour ne pas avoir faim, de la dignitĂ©, et des solidaritĂ©s qui sâinventent. Ă travers ces rĂ©cits intimes, la chronique rappelle que manger est un droit, et questionne une sociĂ©tĂ© oĂč se nourrir peut devenir une lutte.
đ Chroniques sonores Ă retrouver ici.
Emilie
Ă Ă©couter sur France Culture : Sans prĂ©juger : LâamitiĂ© est-elle une valeur politique ?
Par quoi passe une vraie politique de lâamitiĂ© ? LâamitiĂ© est un refuge, elle fait intĂ©gralement partie de nos vies, et pourtant, elle ne trouve que peu, ou pas de place dans nos rĂ©alitĂ©s institutionnelles et politiques. Ă lâoccasion de la sortie du livre de ClĂ©mence GuettĂ©, Pour une politique de lâamitiĂ©, sorti en septembre aux Ă©ditions La DĂ©couverte, Nathan Devers reçoit le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie pour parler des liens qui font la richesse de nos vies et nous inviter Ă repenser lâamitiĂ© pour quâelle trouve sa formalisation dans nos vies politiques. Donner le pouvoir Ă un·e ami·e de prendre une dĂ©cision mĂ©dicale Ă notre place, divorcer de ses parents biologiques, favoriser lâautodĂ©termination par le pouvoir de lâamitiĂ© : autant de façons dâimaginer et de penser de nouveaux droits sociaux dĂ©corellĂ©s des liens du sang ou du mariage.
Un Ă©pisode que jâai trouvĂ© pour ma part vĂ©ritablement passionnant de par la politisation qui y est faite de nos liens dâamitiĂ©. Une lanterne Ă allumer en temps sombres, alors que certains de nos politiques souhaitent le retour au « bon » vieux travail, famille, patrie… La rĂ©volution sera amicale ou ne sera pas !
Le Mur invisible (Die Wand) de Marlen Haushofer
Un mur invisible sĂ©pare une une femme du reste du monde dans un chalet en pleine forĂȘt autrichienne. DerriĂšre ce mur toute la vie semble sâĂȘtre pĂ©trifiĂ©e. IsolĂ©e et sans aucune information, elle doit organiser sa survie physique et mentale. Cette lecture nous plonge dans une bulle qui tranche totalement avec la surcommunication que nous connaissons. Câest Ă la fois dĂ©stabilisant et apaisant. Le temps dâune lecture, on a la chance de plonger dans un univers totalement opposĂ© Ă nos quotidiens, nous permettant de prendre une petite respiration. Que ferions-nous dans une pareille situation ? Aurions nous lâintelligence dâapprivoiser des animaux ? Serions nous capables de cultiver notre propre nourriture afin de survivre dans la durĂ©e ? Bien que le thĂšme sâĂ©loigne en apparence des lectures habituellement proposĂ©es ici, je vous recommande vivement ce livre afin de changer dâangle et mettre en perspective lâaccĂ©lĂ©ration constante des folies du monde…
Mon village rĂ©voltĂ© â Lili Sohn, Delcourt/Encrages
Sortie en 2026, cette bande-dessinĂ©e revient sur les annĂ©es de lutte Ă Kolbsheim, en Alsace. Le projet initial contre lequel un village entier sâest soulevĂ© est un motif capitaliste tristement redondant : une autoroute. Cette derniĂšre, surnommĂ©e le GCO (Grand Contournement Ouest), passait entre autres par Kolbsheim, traversant et dĂ©truisant la forĂȘt. Elu·es, acteurices associatif·ves, militant·es et citoyen·nes se sont alors mobilisé·es, organisé·es et ont entrepris de lutter contre ce projet mortifĂšre.
Le travail de Lili Sohn, bĂ©dĂ©aste, consiste Ă retracer cette histoire et les rĂ©cits personnels qui la constituent. Mon village rĂ©voltĂ© ne brille pas par sa poĂ©sie, son originalitĂ© ou sa justesse politique ou littĂ©raire : il brille par ce quâil transmet une mĂ©moire politique et militante. Notre-Dame-des-Landes est cĂ©lebrissime, mais combien dâautres ZAD ont existĂ©, combien dâautres militant·es ont connu les violences â dâĂtat et policiĂšre ? Lili Sohn permet de regarder droit dans les yeux des rĂ©cits moins mĂ©diatisĂ©s, comme autant dâexemples de luttes.
Nous sommes Ă un endroit pour le moins charniĂšre de nos politisations, et toute rĂ©fĂ©rence mĂ©rite dâĂȘtre dĂ©vorĂ©e pour alimenter nos propres actions Ă venir, les luttes que nous devrons continuer de construire, les autoroutes que nous continuerons dâempĂȘcher, les mĂ©ga-projets que nous parviendrons Ă dĂ©truire. Et de tous ces moments de vie militante jâespĂšre quâil restera quelque chose â par exemple une bande-dessinĂ©e.
Contrer le rire fasciste, de Denis Saint-Amand, Ă©ditions Rue de lâĂchiquier
Tandis que les discours de lâextrĂȘme droite se banalisent dans les mĂ©dias et sur les rĂ©seaux sociaux, ce petit livre dâune centaine de page de Denis Saint-Amand nous rappelle que lâhumour est un terrain de lutte politique pertinent pour se mobiliser contre ces vagues brunes.
Dans ce court essai, le chercheur belge sâattache Ă dĂ©tricoter le rire fasciste, dĂ©fini comme un type dâhumour qui ne vise pas seulement Ă faire rire mais Ă humilier, exclure et prolonger des rapports de domination et dâoppression. Depuis quelques annĂ©es maintenant de nombreux discours autoritaires sont ainsi banalisĂ©s grĂące Ă cette profusion en ligne de provocations, de mises en scĂšne caricaturales voire grotesques, de culture du « troll » (un « troll » dĂ©signe une personne qui publie des messages offensants, faux ou insultants sur internet dans le but de provoquer et de choquer). Le prĂ©sident Trump incarne par exemple entiĂšrement cette dĂ©marche Ă lâinstar des trĂšs nombreux montages vidĂ©o diffusĂ©s sur X (anciennement Twitter), perfusĂ©s Ă lâintelligence artificielle qui tentent de ridiculiser grossiĂšrement ses adversaires politiques.
NĂ©anmoins, Saint-Amand dĂ©montre dans son essai que le rire, loin dâĂȘtre lâapanage de lâextrĂȘme droite, constitue une arme pertinente dans la lutte contre les oppressions permettant tout autant de dĂ©samorcer la peur, de ridiculiser les discours de domination et de crĂ©er du collectif. Cette rĂ©flexion me paraĂźt tout Ă fait stimulante Ă lâheure oĂč lâextrĂȘme droite impose ses propres thĂšmes et codes culturels afin dâaborder les conflits politiques qui nous attendent sous tous les angles de la lutte, y compris joyeux !
Aurélie (bénévole)
Le code a changĂ© de Xavier de La Porte, France Inter | Pour quelques dollars de plus : portrait d’un trader amateur
Bien que le trading soit assez Ă©loignĂ© de mes centres dâintĂ©rĂȘt, ces trois Ă©pisodes du Code a changĂ© mâont passionnĂ©e, car ils mettent en lumiĂšre des mĂ©canismes Ă lâĆuvre dans notre sociĂ©tĂ© qui peuvent faire tomber un jeune homme dans une obsession dĂ©lĂ©tĂšre.
La pression de la comparaison Ă travers les rĂ©seaux sociaux, lâinsĂ©curitĂ© financiĂšre, la place des hommes dans la sociĂ©tĂ©, la dĂ©mocratisation du trading, « un capitalisme du dĂ©sespoir »⊠Autant dâingrĂ©dients qui, combinĂ©s, ont entraĂźnĂ© Alexander Hurst dans une spirale infernale. Le voilĂ Ă courir aprĂšs toujours plus de gains, Ă perdre le contact la rĂ©alitĂ©, avec la valeur de lâargent et les activitĂ©s qui le nourrissaient vraiment, dĂ©vorĂ© par le trading, qui a « changĂ© sa lecture du monde » et distordu son rapport Ă la temporalitĂ©.
Le journaliste intervient dans ce tĂ©moignage avec pertinence pour lâanimer, prĂ©ciser des points, expliquer des termes et poursuivre les rĂ©flexions dâAlexander sur lâanalyse que lâon peut tirer de cette expĂ©rience personnelle. Xavier de La Porte livre ainsi un podcast accessible et vivant, non dĂ©nuĂ© de nuances et dâhumour, qui rend une partie du boursicotage un peu plus intelligible et montre quâil sâinscrit dans un cadre social, politique et Ă©conomique plus large auquel il est Ă©troitement liĂ©.
đ Un moment Ă©clairant avec deux personnes fort sympathiques Ă retrouver sur France Inter et diverses plateformes dâĂ©coute.