RETOUR SUR « STOP PESTICIDES »

RETOUR SUR « STOP PESTICIDES »

Samedi dernier, Bio Consom’acteurs a participé à la mobilisation internationale appelée par les Soulèvements de la terre, la Confédération paysanne, Cancer Colère et plusieurs dizaines d’organisations.

« Syngenta, casse-toi »

Dans l’Eure, aux portes de Gaillon, trône Syngenta, un monstre industriel au milieu des champs de maïs. Syngenta ce n’est pas n’importe quelle usine : certains pesticides qu’elle produisait jusqu’il y a deux ans étaient interdits en Europe et destinés à l’exportation vers d’autres continents, inscrivant l’usine dans un colonialisme chimique auquel nous nous opposons fermement. Aujourd’hui, elle continue d’empoisonner les sols, les eaux, le voisinage. Le sujet des pesticides, rendu résolument plus célèbre depuis les propositions de lois mortifères de notre cher sénateur Duplomb, a été pris à bras le corps samedi 3 octobre dernier. On vous raconte…

Ça démarre !

Après des prises de paroles depuis le sommet d’un rond-point à Gaillon, la manifestation a pu s’élancer, précédée par une vingtaine de tracteurs décorés à la mode militante. Plusieurs délégations internationales étaient venues nous retrouver en Normandie pour cette marche finalement autorisée par la préfecture. Mais s’agissant de liberté, en France comme ailleurs point trop n’en faut et cette même préfecture avait déployé tous les moyens qu’elle pouvait imaginer pour décourager, ralentir et encadrer la mobilisation. Contrôles d’identité et fouilles systématiques, blocage des routes, barbelés tirés tout autour des champs, construction d’un long talus pour prendre de la hauteur, grenades lacrymogène GM2L lancées par 8 ou 12, camion à eau… l’ensemble de l’appareil sécuritaire et offensif qui fait la triste célébrité du maintien de l’ordre à la française avait également répondu présent à l’appel le samedi 03 octobre dernier. Malgré cette volonté claire de sabotage, 15 000 personnes étaient tout de même réunies pour manifester, les cortèges paysan, soignant·es/soigné·es, décolonial, se suivant les uns les autres au son de Planète Boum boum. Cette marche ne saurait être définie autrement que festive, déterminée et unitaire, dans un joyeux méli-mélo de générations et d’allégeances politiques : de qui était autonome, de qui était partisan·e.

📸 Extinction Rebellion

« Vos chimies, nos chimios »

Une fois la manifestation arrivée face à l’usine (que l’on pouvait uniquement apercevoir au loin) et une offensive policière aussi gratuite que dangereuse, l’action-clef de cette journée a bouleversé les milliers de personnes présentes.

Dans le champ qui s’étendait face à l’usine, des piquets avaient été plantés comme autant de tombes.

En guise d’épitaphe : un prénom, un âge, un cancer.

Symboliquement, Syngenta a ainsi été mise face à ses responsabilités et face aux morts qu’elle entraîne et les fantômes qu’elle crée. Un jour, peut-être sera-t-elle mise face à sa responsabilité dans le génocide en Palestine et au Liban (la maison-mère de Syngenta, ADAMA, réside en effet en Israël et est incriminée dans l’épandage de produits chimiques participant à la destruction des cultures palestiniennes et libanaises). Un jour, peut-être que Syngenta et toutes les usines qui lui ressemblent seront mises définitivement à l’arrêt. Et ce jour-là, l’action collective pourra se réjouir du rôle majeur qu’elle aura joué.

Après ce moment très lourd émotionnellement, il n’était pas question de reprendre la route vers le lieu du campement, à quelques dizaines de kilomètres de là : le champ de l’autre côté du cimetière improvisé prenait déjà des allures de salle de concert ! Scènes, cantine à prix libre, toilettes, coin calme, espace soin : toutes les structures avaient été montées par une équipe d’organisation à l’efficacité redoutable. Alors, nous sommes resté·es pour manger, danser et chanter avec Yoa… et écouter la prise de parole de Vincent.

Qui est Vincent ?

Ce qui s’est joué au cours de l’intervention de Vincent est absolument essentiel dans le cadre de cette mobilisation – et des autres mouvements d’ailleurs puisque le « cas Vincent » est réplicable. Travailleur dans une usine de production de pesticides, Vincent est aujourd’hui secrétaire national de Sud Chimie. Intimidé, il retire ses lunettes de vue préférant nous voir flous plutôt que nous faire face distinctement. Il raconte ensuite comment il a lui-même participé à l’empoisonnement des centaines de malades présent·es dans la manifestation, et comment l’envahissement de son usine par les Soulèvements de la terre l’année passée lui a permis de prendre conscience du rôle qu’il jouait – et lui permet aujourd’hui de lutter aux côtés de camarades. Un parcours politique qu’il nous a livré avec sincérité, remords et détermination. Un parcours pour les inspirer tous…

Fin de manif’

Après quelques passages éclair de l’hélicoptère et des sommations chuchotées, les lignes de CRS se sont rapprochées, les agents se sont équipés, les gyrophares ont scintillé, plus proches et plus nombreux : le message était clair, il fallait vider le champ. Nous sommes resté·es uni·es pour permettre aux organisateurices de ranger et démonter les scènes pour ne laisser personne derrière puis avons pris le chemin retour, au son de Gangsta’s Paradise et des moteurs de tracteurs.

Ce que Bio Consom’acteurs peut tirer comme conclusion de cette journée de mobilisation, c’est la dimension internationale de la lutte contre les pesticides, et des nombreux enjeux (notamment sanitaires, écologiques et colonialistes) qui la façonnent. Des enjeux que l’association continuera de prendre en compte dans l’exercice de ses activités, sans jamais rien lâcher.

Partager

À votre tour, contribuez à écrire notre histoire collective !

Envoyez-nous vos textes, vos articles, partagez vos points de vue sur les sujets qui vous animent !

Articles liés