Nos recos bio de janvier !

Nos recos bio de janvier !

Hop là, il fait froid, mais on vous emmène dans nos univers variés et on fait le point sur ce qu’on a aimé dernièrement… ou ce qu’on a détesté !

Blanche – L’hiver, hier – Michel Garneau

Pour les vacances et à tout hasard, j’ai chopé dans une librairie ce court texte de Michel Garneau, dans le rayon poésie (genre auquel il n’appartient pas formellement mais on conviendra après lecture qu’on pouvait difficilement le ranger ailleurs). Deux matins plus tard, je fermais le livre à regret. Dans ce petit livre, édité par L’Oie de Cravan, Michel Garneau raconte un Québec ancien, enneigé et chaleureux, bruyant et sourd, buveur et suicidaire, bon-vivant et spectaculairement mortifère. Un jeune garçon va passer dix jours dans la famille de sa fiancée qu’il rencontre pour la première fois. Michel Garneau compose ce conte de Noel avec incision et humour, orchestrant magistralement une symphonie de jurons québequois. Ce conte on le mange, on le boit, on le savoure et il nous dégoûte, on n’y comprend pas tout alors on le traduit mais, une chose est certaine, il nous habite encore longtemps après. Bien loin des récits de Noel classiques qui abreuvent de discours doucereux, de bondieuseries ou de consumérismes les blancs occidentaux, L’hiver hier remet les coucous à l’heure : dans la vie, il n’y a pas de parenthèses, et la déliquescence la plus absolue peut bien frapper à toute les portes, réveillon ou non. Il fait encore froid, il est encore temps de le lire et de vous offrir ce voyage dans le temps figé d’un Quebec glacé !

Marion – La main rivière de Marie Pavlenko aux éditions Bruno Doucey

Le nom m’interpellant, j’ai emprunté La main rivière à la médiathèque et je ne l’ai pas regretté. Le premier recueil de poésie de Marie Pavlenko m’a beaucoup touché par sa sensibilité et son engagement. A travers des images puissantes et une langue très organique, l’autrice montre à quel point elle se sent en symbiose avec le vivant, comme si la terre, l’eau et les arbres faisaient partie d’elle. Cette ode à la nature nous appelle surtout à la protéger face aux ravages causés par les humains et l’urbanisation. La poésie de Marie Pavlenko est douce et combative, dénonçant la violence humaine tout en rappelant la beauté qui nous entoure. Une invitation renouvelée à respecter et défendre “ce grand battement unissant le vivant”.


Julie – On a (pas) aimé – Le musée Haribo, un Disneyland du sucre

Par un jour de pluie à Uzès, pourquoi ne pas se réfugier au musée Haribo (le seul du monde, bien heureusement) ? Sur le papier, l’idée est séduisante : apprendre comment sont fabriqués les bonbons, découvrir l’histoire d’une multinationale du sucre, comprendre son évolution avec, soyons fous, un minimum de recul critique. En pratique, c’est une très mauvaise idée.

À l’achat du billet (12 euros) un paquet de bonbons nous est offert. Paf. Première bouchée de sucre avant même d’avoir franchi la première salle. La visite débute par une vidéo dite « historique », qui ressemble davantage à un spot publicitaire XXL soigneusement calibré pour redorer l’image de la « belle entreprise familiale ». Aucun mot, évidemment, sur les enjeux sanitaires, économiques ou éthiques liés à la production et à la consommation massive de sucre. Ici, tout est lisse, propre, joyeux, hyper coloré.

Très vite, on comprend que nous ne sommes pas dans un musée, mais dans un véritable parc d’attractions idéologique, un Disneyland du sucre où tout est pensé pour hypnotiser les enfants par l’univers Haribo, comme s’ils n’y étaient pas déjà suffisamment exposés. Couleurs criardes, mascottes omniprésentes, dispositifs ludiques et hyper-interactifs…Tout est prévu pour que les parents photographient leurs enfants assis sur des marshmallows géants ou posant devant des décors parfaitement instagrammables. L’objectif est limpide : s’assurer que ces images finiront sur les réseaux sociaux. Les parents, venus simplement occuper leurs enfants un jour de pluie, se retrouvent ainsi transformés malgré eux en influenceurs pro-sucre, pro-bonbons Haribo, au service d’une marque déjà ultra-dominante. Avec un taux de notoriété frôlant les 98 % chez les jeunes comme chez les adultes, Haribo est un nom presque universel en France. Plus d’un foyer sur deux achète au moins un paquet par an, et la marque représente près de la moitié du marché national des bonbons. Mais manifestement, ce n’est pas assez.

Après une série de stands interactifs bardés de caméras, où l’on peut découvrir « quel bonbon Haribo es-tu » flottant au-dessus de sa tête, on arrive devant une salle fermée. Une employée souriante tend alors un chamallow trempé dans du chocolat fondu. À l’intérieur, nous sommes confinés face à des projections sur tous les murs, censées représenter le fonctionnement d’une usine Haribo. En réalité, on assiste à une version fantasmée de la production industrielle, à la manière de Charlie et la chocolaterie, une vision édulcorée, romantisée, presque féerique. Aucun mot sur les quantités astronomiques de sucre, les colorants, les conservateurs, les additifs, tous ces détails pourtant centraux, mais nettement moins sexy.

Et pour finir en beauté, impossible d’échapper à l’énorme boutique Haribo Disneylandesque elle aussi, sortie obligatoire de la visite. Traverser les caisses sans rien acheter relève clairement de l’acte militant. À en juger par le regard étonné du vigile, j’étais visiblement la seule à tenter l’expérience.

Julien L’Etat contre les associations. Anatomie d’un tournant autoritaire d’Antonia Delfini et Julien Talpin

On parle de ce livre depuis des mois dans l’équipe de Bio Consom’acteurs tant il résonne avec l’actualité et j’ai eu la chance de le lire en détail la semaine dernière. Le monde associatif est attaqué : baisse des financements, torsion des actions dans le cadre d’appels à projets, suppression des subventions de fonctionnement, restriction des libertés associatives, cadre contraignant, répression, explosion des dissolutions… En réponse à cette attaque généralisée, des structures agissent (comme le Collectif des Associations Citoyennes), mais la révolte ne semble pas (encore) gronder alors que les emplois sont menacés dans un grand nombre de structures. À qui le tour ? Conscient·es de cette situation, notre association participe à appeler le monde associatif à se rebeller, à se mettre en grève, à se fédérer depuis des mois… Ne lisez ce livre que si vous êtes prêt·es à entendre une confirmation documentée sur plus de 15 ans du tournant autoritaire opéré contre les associations par l’Etat.

Cette situation conduit à de l’autocensure et à une dépolitisation des associations au lieu d’amener à un mouvement global, et nécessaire. Antonio Delfini et Julien Talpin formulent des propositions pour leur permettre de « se défendre et de riposter », mais aussi pour « transformer radicalement la démocratie (…) en plaçant au centre de la forme associative comme contre-pouvoir nécessaire ». Laisser ce contre-pouvoir essentiel dans la tempête sans réagir, c’est prendre un risque supplémentaire énorme face à l’arrivée de l’extrême droite dont l’intention officielle – hasard ou coïncidence ? – est d’achever ce vecteur de démocratie réelle.

Aurélie (bénévole de Bio Consom’acteurs) – Happy veggie et Lunch box veggie de Juliette Pochat, éditions Jouvence

Photographies délicates, mises en pages colorées et pleines de douceur, présentations aérées… Ce n’est pas le physique qui compte, mais il faut avouer qu’Happy veggie et Lunch box veggie mettentl’eau à la bouche.

Et le contenu n’est pas en reste ! Juliette Pochat (du compte Instagram @lesrecettesdejuliette) propose des recettes souvent simples à réaliser avec des ingrédients faciles à trouver, et ce même lorsqu’elle s’inspire de cuisines d’autres continents.

Toutes ses recettes sont végétariennes et une grande part d’entre elles ne contiennent pas d’ingrédients d’origine animale (ces derniers étant pour beaucoup accessoires). Les végétalien·nes pourront d’abord se pencher sur Happy veggie, car l’autre référence inclut un peu plus de produits animaux – cela n’empêche toutefois pas de tester une large majorité des recettes.

Sans être une grande cuisinière, je prends plaisir à piocher de temps en temps dans ces livres, ma dernière réussite en date étant les délicieuses spaghettis « bolognaises » 100 % végétales d’Happy veggie (p. 114). N’attendez plus et enfilez votre tablier !

Ces deux livres (publiés en 2017 et 2019) sont à retrouver sur le site des éditions Jouvence : https://editions-jouvence.com/auteurs/pochat-juliette/

Hervé- La pêchéocologie de Didier Gascuel

« La pêche maritime est la première cause d’érosion de la diversité maritime, elle a vidé la mer d’une partie de ses ressources et perturbé en profondeur le fonctionnement des écosystèmes marins » c’est ce que dit Didier Gascuel, un professeur en écologie marine qui dirige le pôle halieutique, mer et littoral de l’Institut Agro. Ses travaux de recherche portent sur la modélisation des impacts de la pêche et du changement climatique sur le fonctionnement des écosystèmes marins.

En tant qu’ancien responsable de restauration je ne savais pas que, suivant le choix du poisson il y avait un impact sur le stock ou la biodiversité marine. En lisant ce manifeste j’ai compris qu’un cuisinier ou un responsable d’achat peut nettement influencer l’état de nos fonds marins. Acheter un lieu noir péché avec un grand chalut raclant le fond de la mer a forcément plus d’impact qu’acheter du maquereau ou du maigre pêché à la cotinière par les petits bateaux de nos pécheurs locaux.

Dans cet essai, Didier Gascuel identifie les ruptures à opérer, soutien qu’il devrait y avoir une communication claire des pratiques de pêche et de leur impact sur la biodiversité et le stock. IL n’y vas pas avec le dos de la cuiller et demande à interdire de pécher des poissons juvéniles, interdire aux gros bateaux (+ 24 m) de pêcher près de nos côtes… Il demande également l’installation de quota suivant le stock des espèces. Il compare ces pratiques de pêche à l’agroécologie, qui s’inscrit dans le respect des écosystèmes, et souhaiterait décliner ce modèle pour penser correctement et concrètement la durabilité dans le milieu marin.

Un livre essentiel avant d’acheter son poisson au marché !

A propos de l’ouvrage : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mardi-20-fevrier-2024-9784873

Partager

À votre tour, contribuez à écrire notre histoire collective !

Envoyez-nous vos textes, vos articles, partagez vos points de vue sur les sujets qui vous animent !

Articles liés