Mostafa Tolba
Un parcours au service de la planète : retour sur un défenseur oublié
Sans être pour autant une référence absolue de “culture climatique”, je m’étonne tout de même d’avoir attendu ma 26ème année – et la publication d’Overshoot, écrit par Andreas Malm et Wim Carton, pour entendre parler de Mostafa Tolba.
Et quitte à tomber pour inculture, je fais tomber les autres avec moi : aucun.e salarié.e de Bio Consom’acteurs n’en avait déjà entendu parler. Pour terminer de me faire pardonner cette faute collective avouée, je vous partage, cher lecteur et chère lectrice, un aperçu de celui qui a “sauvé la couche d’ozone”.
Né en 1922 à Zhifta, Mostafa Tolba traverse ses premières années d’existence et d’études en baignant dans l’anti-colonialisme égyptien – et dans une société qui utilise des énergies fossiles comme s’il n’y avait pas de lendemain. Mais le jour d’après a fini par arriver et, titulaire d’un doctorat en pathologie végétale, Mostafa Tolba a décidé d’agir. Dans un tel contexte d’inévitable réchauffement climatique, pur produit de nos utilisations d’énergies fossiles, la question posée par Andréas Malm et Wim Carton est la suivante : “à quel moment devons-nous nous arrêter ?”1
Et c’est en 1980 que Mostafa Tolba, alors à la tête du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (dont il sera à la tête de 1975 à 1992), formalise finalement cette question et ébauche les réponses adéquates.
Il faut sauver la couche d’ozone
Consciencieux, rigoureux, reconnu, soutenu, Mostafa Tolba a été à l’initiative de ce que Malm et Carton nomment “le succès le plus retentissant que le monde moderne ait connu en matière de protection environnementale”2
C’est en 1987 que, depuis la tête du PNUE, le scientifique entame le long parcours qui mènera au sauvetage de la couche d’ozone – contraint et incarné par le Protocole de Montréal. Ce dernier impose tout simplement l’élimination des substances responsables de la réduction de la couche d’ozone – par la diminution de leurs émissions mondiales. La précision était alors encore reine en matière de politique environnementale, et ne s’embarrassait pas d’alternatives consensuelles. Les 198 pays qui ratifiaient ce Protocole se soumettait à ses impératifs… ce qui engendra la reconstitution de la couche d’ozone.
Quand le bien sort vainqueur, il est mis au placard
Alors pourquoi ignorons-nous tant de Mostafa Tolba ? Parce qu’il a voulu continuer et, la couche d’ozone reconstituée, il s’est focalisé sur son autre grande inquiétude : le réchauffement climatique mondial. Sans grande surprise, les Etats-Unis percevaient Mostafa Tolba comme une menace et estimaient ne pas avoir à supporter une seconde victoire politique en faveur de l’environnement, a fortiori obtenue par un homme qui rappelait l’ère anticoloniale et qui remettait autant en cause le système du marché mondial, dénonçant les exploitations de ressources des pays encore appelés “tiers-monde” et désirant un virage politique et économique en-dehors du cadre posé par le capitalisme.
Tolba formalisait pour l’ensemble des pays des constats scientifiques devenus limpides depuis les années 60, à savoir que le climat mondial allait connaître un boulevrsement alarmant entraînant une augmentation drastique des températures. Il était grand temps de s’attaquer à nos utilisations d’énergies fossiles et d’entamer une ère de restriction de ces combustibles néfastes. C’est dans cette dynamique que Tolba a constitué un groupe de réflexion scientifique, avec 7 pontes de la science, pour examiner les émissions de gaz à effet de serre et proposer des réglementations. A l’instar du Protocole de Montréal, les objectifs étaient clairs, les formations limpides, les moyens accessibles. Cependant, il se heurtèrent rapidement à un constat terrifiant : il était probablement déjà trop tard pour viser une augmentation qui ne dépassait pas les 1 degré.
Puis, il se heurtèrent aux Etats-Unis, Mostafa Tolba en première ligne. Il était trop engagé, son comité était trop militant, la question des émissions de gaz à effet de serre dérangeait trop, les objectifs étaient trop restrictifs : bref, le Groupe était de trop dans un monde capitaliste ordonné par le profit le confort et la soumission. Alors, il a fini sur le banc de touche, Tolba a quitté la direction du PNUE, les compétences de ce dernier ont été transférées au GIEC et l’histoire choisie enseignée n’a pas retenu celui qui avait dirigé une politique environnementale favorable au vivant.
1CARTON, Wim ; MALM Andréas, Overshoot, Résister à l’odéologie du dépassement, éditions La Fabrique, 2025.
2Ibid, p.46