Influence quand tu nous tiens !

Influence quand tu nous tiens !

“Faut bien vivre avec son époque”. Cet adage démobilisateur et stérile par excellence nous a fait nous poser une question : Comment vivre dans cette époque… malgré elle ?

Je suis moi-même présente sur les réseaux sociaux et, énième prisonnière algorithmique, je suis évidemment ciblée par des contenus qui me plaisent, attisent ma curiosité et qui correspondent à mon profilage par l’entreprise Meta. J’ai conscience à ce titre d’être soumise à un contrôle permanent, dont je condamne le fonctionnement et les utilisations, mais que je ne suis pas en mesure de contourner. Les réseaux sociaux représentent aujourd’hui un enjeu fondamental de visibilité, de liens, que l’on peut s’amuser à nommer “factices” et “virtuels” mais desquels nos structures associatives dépendent énormément.

Mais je m’égare, et ne répondrai pas ici à la grande question qui consiste à se demander si oui ou non nous pouvons renverser le capitalisme avec ses propres outils… Non : l’objectif de ce bref article est de portraitiser quelques comptes qui, cycliquement, réapparaissent dans mon fil d’actualités… et dans celui de mes collègues, également ciblées par des contenus de défense de l’environnement. Ces personnes, que nous pouvons sans craindre leur courroux appeler des influenceur.euses, ont le mérite de diffuser massivement des pensées et des pratiques concrètes, accessibles et militantes.

@anarchopaysanne

Romane a acheté une ferme en 2022, qu’elle rénove en parallèle de son installation agricole paysanne. Motivée, enthousiaste et militante, elle partage sur son compte Instagram des moments choisis. Elle nous présente ses animaux, ses machines, ses semis… mais aussi ceux qui ne se lassent pas de l’emmerder à l’abri de leurs écrans. Partager son contenu et son image sur les réseaux sociaux expose les deux faces d’une même pièce : à la fois ça génère de la visibilité et permet des levées de fonds et/ou des aides ponctuelles d’abonné.es ; mais ça créé également des détracteurs qui répondent souvent aux mêmes critères d’hommes blancs de plus de 50 ans, errant sur les réseaux sociaux à la recherche d’éléments qui pourraient menacer leurs privilèges acquis depuis des siècles à la seule force… du patriarcat.

Ce que Romane nous raconte, c’est l’histoire d’un contre-courant qui s’écrit. Militante (anarchiste à en croire son pseudo), elle raconte la mutualisation, l’entraide paysanne, la transmission à travers les ateliers de maraîchage, et toutes les réalités que traverse une installation paysanne. Elle nous emmène avec elle sur son tracteur, dans ses travaux, et l’on se prend d’affection pour ses bébés chèvres et pour sa framboiserai. 100% récup et respectueuse de la charte Bio, Romane c’est une personne qui nous en met plein les yeux et qui nous inspire !

@laviepartout

On ne le présente plus aux écolos présent.es sur les réseaux sociaux : Quentin Travaillé s’est imposé comme une référence dans l’influence environnementale. Son contenu est d’une qualité immense et nécessite un travail de captation d’image et de montage que l’on ne peut que saluer ! Son thème, c’est la biodiversité et le vivant sous toutes ses formes. Il pense les relations entre els espèces, végétales, animale et bactériennes, et outille l’abonné.e dans sa pratique. Tutos, bricolage, anecdotes, appels à mobilisation : Quentin est partout, tout le temps, et fait de la défense environnementale sa priorité – professionnelle et politique. Son compte Instagram est beaucoup moins personnel que celui d’anarchopaysanne et s’inscrit pleinement dans le fonctionnement – déplorable – de l’influence ; mais la cause qu’il défend le vaut bien et il permet de sensibiliser et de transmettre des savoirs et des outils essentiels à la préservation de l’environnement ! Peu militant, parfois légèrement dépolitisant, Quentin Travaillé demeure néanmoins un créateur de contenus essentiels : si on a une question sur les oiseaux, les haies, les traces de pas, le jardinage on peut être certain.es que la réponse traîne quelque part sur son profil.

@insolenteveggie

“Make art, not war” pourrait coller à cette illustratrice engagée qui retourne les viandards… Sauf que la guerre, elle la mène, contre l’agriculture intensive, contre l’élevage, pour le droit des animaux à la vie digne et pour un accès efficace et créatif au savoir et au militantisme. Son compte instagram plante les graines d’une alimentation respectueuse, à travers dessins et mises en scène de ses luttes. A travers ce qui nous semble “quelques coups de crayon”, Rosa déborde de réalisme et règle leurs comptes aux chasseurs, au Salon de l’Agriculture, à l’élevage – caractérisé d’intensif ou non. Une manière originale de rendre compte de l’actualité à travers la fusion du dessin et du véganisme.

@engrainagemedia

Le média de l’écologie antifasciste et radicale, c’est par ici ! Indépendant, financé par le don et bénévole, ce média couvre les mobilisations écologiques, ouvre les horizons intersectionnels et contribue activement à la diffusion de l’information en-dehors des canaux médiatico-capitalistes. Insurrectionnel et rigoureux, il maintient la visibilité – encore trop pauvre – des luttes écologiques et sociales en mobilisant une énergie cruciale. Fragments de lutte, témoignages, décryptages, analyses, portraits et newsletter, les auteurs et autrices occupent un espace essentiel : celui des luttes au pluriel.

@drvegan

Ce compte-là va vous ré-ga-ler, ou en tout cas vous donner très, très faim. Ahmad Noori, c’est des recettes en veux-tu en voilà savoureuses, originales, et respectueuses. On remarque évidemment l’essor de livres de recettes végan ou végétarien, mais isl restent bien en-deça de la production de recettes à base de produits animaux. Ce que Docteur Vegan nous transmet, c’est une pratique de la cuisine et une alliance de saveurs qu’on n’avait pas vues venir ! Enfin un compte efficace et délicieux qui rabattra le caquet à toustes celles et ceux qui croient qu’en arrêtant la consommation animale on arrête d’être heureu.ses !

Évidemment la liste est loin d’être exhaustive, on vous a fait un tout petit aperçu de ce qui existe. Si les réseaux sociaux ont des conséquences absolument honteuses et dangereuses sur nos manières d’être au monde, sur notre système nerveux, sur la compétitivité, sur le rapport entretenu à l’information, sur le développement, le sommeil, la concentration… Ils sont aussi des espaces d’autonomisation, de réaction, de production et diffusion de discours engagés, de mobilisations et de curiosité.

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